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Cyberintimidation

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Lorsque la vie privée de nos enfants fait le tour du monde

«J'ai un problème! J'ai un ami qui veut que je lui fasse parvenir des photos de moi nue! Ça me dérange vraiment, mais j'ai peur qu'il me quitte si je ne lui envoie pas!». «Hier, j'ai envoyé une image de mon sexe à une fille sur snapchat et elle l'a montrée à tout le monde. Je ne veux plus que d'autres puissent le voir ou le savoir. Je suis au bout du rouleau, j'ai envie de me tuer, qu'est-ce que je dois faire?». Voici quelques questions auxquelles sont confrontés quotidiennement les répondants de la ligne téléphonique Conseils + Aide de Pro Juventute, le 147, qui propose un soutien personnalisé aux adolescents. Depuis quelques années, le sexting est devenu une préoccupation majeure de nos jeunes. Si la diffusion abusive d'images et de vidéos intimes de tiers sur la toile est punie par la loi, beaucoup semblent ignorer les risques qu'ils prennent pour eux-mêmes en le faisant avec des photos de soi. Éclairage en compagnie de René Longet, responsable du bureau romand de la Fondation Pro Juventute.

Pro Juventute a récemment mis en place une campagne nationale de prévention sur le sexting (voir: encadré), pour quelles raisons?

Nous nous sommes rendus compte que cette problématique pouvait toucher tous les adolescents dès 12 ans. Un nombre d'appels croissant que nous recevons concerne, d'ailleurs, ce problème. Et une récente recherche menée par l'Université de Zurich sur le sujet montre que le harcèlement sexuel via internet est la forme d'abus la plus fréquemment citée par les jeunes en matière d'attaques répétées à l'intégrité physique. Près d'un tiers des filles et 10% des garçons interrogés ont affirmé avoir déjà subi un abus de ce genre.

Concernant le sexting, la récente étude «James» menée par l'Université de Zurich révèle que 6% des jeunes interrogés ont déjà envoyé des photos ou des vidéos érotiques d'eux-mêmes via leur téléphone mobile. L'étude Optimus de la Fondation Suisse pour la Protection de l'Enfant montre, quant à elle, que près d'une fille sur trois a déjà été confrontée à des remarques désobligeantes, a reçu des photos ou des films pornographiques, a été invitée à pratiquer des actes sexuels devant une webcam...

Or, selon un sondage représentatif réalisé en 2013 par gfk-Forschungsinstitut pour Pro Juventute, 80% des Suisses déclarent ne pas savoir ce qu'est le sexting. Avec les nouvelles technologies, un seul click suffit pour qu'une photo de soi en posture intime se retrouve sur internet. Ni les adolescents, ni les adultes n'ont suffisamment conscience des conséquences néfastes du sexting. Il nous a semblé, dès lors, très important d'informer les jeunes, leurs parents et les enseignants sur un sujet qui peut avoir de graves incidences tant sur le plan de l'image de soi que de l'impact sur le lieu d'études et de travail. Beaucoup d'adolescents, victimes de ce phénomène, craignent le regard de leurs amis, parents ou employeurs. Cela peut entraîner des décrochages et des échecs, des replis sur soi, des difficultés à trouver un emploi, une place d'apprentissage, de vrais états dépressifs et de honte. Et cela à un âge où l'orientation scolaire, la place d'apprentissage, peuvent être en jeu.

Existe-t-il un profil type de harcelés et de harceleurs?

En réalité, tout un chacun peut être concerné. La réparation est très difficile. Il convient donc de partager sur le web que des photos de soi que l'on peut assumer publiquement. Il n'y a pas de sphère privée sur la toile, qui n'est, d'ailleurs, pas une place de jeu! Internet conserve tout et diffuse tout, tous azimuts. Contrôler son identité numérique est essentiel. Et bien évidemment, pour l'image d'autrui, on ne rediffusera pas sur le web une photo d'un ami ou d'une connaissance en mauvaise posture... Ce n'est jamais un jeu, car le virtuel est bien plus réel que le réel.

Quels risques, sur le plan pénal, court un adolescent qui s'adonne à la cyberintimidation?

Il existe, certes, des prisons pour mineurs mais, concrètement, le harceleur ne sera que rarement mis sous les verrous... En droit suisse, on privilégie d'autres mesures comme, par exemple, des travaux de réparation du tort causé. À noter que non seulement l'auteur mais aussi la personne qui a diffusé et fait passer la photo peuvent être poursuivis pour atteinte à l'image et à la sphère privée. Toutes les images à caractère pédopornographique tombent, de leur côté, sous le coup de la loi. Il ne faut donc pas hésiter à porter plainte pour demander le retrait immédiat des images incriminées et un dédommagement pour tort moral. Les démarches dans ce sens vont certainement se développer ces prochains temps ainsi que la jurisprudence qui lui est relative.

Comment réagir en tant que parent face à un enfant victime de cette pratique?

Le mieux reste vraiment la prévention. Parler avec votre enfant de la cyberintimidation. Interrogez-le sur ce qu'il sait déjà sur le sujet, puis demandez-vous ce que vous savez de ce qu'il peut faire avec les outils informatiques à sa disposition. Questionnez-le sur son comportement sur le web et ayez un oeil sur ses activités en ligne. Apprenez-lui à bien verrouiller son mot de passe et à n'accepter comme ami que des personnes qu'il connaît déjà. Accompagnez-le dans l'acquisition d'une bonne compétence médiatique. En tant que parent, on est responsable de ce que son enfant fait de ses outils informatiques. Aucun parent ne donnerait un vélo à son enfant s'il n'est pas sûr qu'il maîtrise l'engin et les règles de la circulation. Or pour l'informatique, on est encore très insouciant. D'ailleurs, souvent les parents sont largués et sont moins au courant des possibilités du monde virtuel que leurs enfants. Un échange constant est donc essentiel. À l'heure actuelle, on ne peut pas dire « je ne savais pas » et faire l'autruche. C'est le mode d'emploi qui est à définir, dans chaque cas.

Que faire lorsqu'une photo intime de soi circule sur la toile?

Il faut interpeller, si elle est identifiable, la personne à l'origine de la diffusion de la photo, lui demander de la supprimer et de s'adresser à tous ses correspondants pour leur demander de l'effacer, eux aussi, et signaler le fait à l'administrateur du site concerné. Il est également conseillé de garder une preuve des images incriminées (capture d'écran) avant de demander leur retrait de la page web. Si des camarades de classe sont impliqués, les parents doivent s'adresser à l'enseignant ou aux autorités scolaires afin de trouver une solution ensemble. Avant toute chose, il ne faut pas que les jeunes concernés gardent ces soucis pour eux, les parents doivent les soutenir et les aider dans les démarches de réparation. En parler est essentiel, et c'est aussi là que souvent le conseil professionnel, confidentiel, disponible en tout temps du 147 permet un premier debriefing extrêmement précieux.


Célébrité peu flatteuse

Pour informer sur la cyberintimidation, Pro Juventute a mis sur pied un programme de sensibilisation au niveau national. Sous le slogan «Le sexting peut te rendre célèbre, même si tu ne le veux pas!», la campagne de prévention se décline en images (affiches et clips vidéo). L'organisme oeuvrant pour la jeunesse a aussi créé une application, disponible sur Facebook, qui teste le degré de sécurité d'un profil en ligne. La mesure prend en considération le niveau de protection contre la diffusion involontaire de photos, le harcèlement par des inconnus et les attaques de mobbing. Très utiles aussi pour les parents, ces différents outils sont disponibles sur le site internet de la fondation. Des ateliers de sensibilisation à cette problématique sont aussi proposés aux élèves, aux enseignants et à leurs parents, par le biais du service Pros des médias. Pro Juventute dispose, en effet, d'une équipe d'intervenantes prête à vous introduire dans les divers aspects de ces enjeux et surtout disposée à trouver des solutions.

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