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Harcèlement scolaire

schoolbullying

Nouveau fléau des préaux ?

Le harcèlement scolaire, Marie Brossard l'a vécu en 5ème année primaire. Les injures et humiliations quotidiennes, elle connaît. «On levait, par exemple, ma chaise au maximum et j'étais trop légère pour pouvoir la redescendre toute seule. Je devais demander à mon voisin de banc de la descendre pour moi. Ce qui provoquait l'amusement et les railleries des auteurs», confie-t-elle. Pour mieux comprendre ce phénomène et peut-être tirer un trait définitif sur des souvenirs scolaires douloureux, la jeune femme a décidé de consacrer son travail de Bachelor en sciences de l'éducation à cette thématique. Elle nous livre ses principales conclusions.

Le harcèlement scolaire ou schoolbullying est-il en augmentation, en Suisse, ces dernières années?

Au vu des recherches actuelles, on ne peut pas affirmer que ce problème a cru en importance ces dernières décennies. À ce sujet, les études diffèrent les unes des autres, au niveau de la prise en compte des critères de définition du schoolbullying. Cela rend bien évidemment les comparaisons difficiles. À l'échelle nationale, seules deux études réalisées en 1994 et 2009 portent spécifiquement sur le schoolbullying. D'autres travaux s'intéressent aux questions de violences à l'école, mais ne se focalisent pas sur le harcèlement scolaire. L'étude la plus récente (à ma connaissance) est celle menée, en 2012, dans le canton du Valais.

Quelles sont les caractéristiques spécifiques du schoolbullying?

Il en existe trois principalement. La première réside dans la répétition sur la durée. Cela signifie qu'il ne s'agit pas d'attaques isolées. Dans tous les cas de figure recensés, la victime est fréquemment harcelée. Et cela sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Le second facteur est lié à un déséquilibre entre les forces en présence. Ce dernier peut se traduire réellement: le harceleur est plus fort physiquement que le harcelé, le groupe qui mobbe est plus important numériquement que la victime, seule et isolée. Mais ce décalage peut aussi revêtir un caractère plus symbolique: le bouc émissaire estime alors que la force ou les capacités de nuisance du mobbeur sont supérieures aux siennes. Enfin, la dernière caractéristique réside dans la volonté de l'agresseur de nuire. Même si, au début, il n'agit pas de manière délibérée, il va peu à peu prendre du plaisir à attaquer sa victime.

Quelles en sont ses causes?

Ces dernières sont multiples et variées. Mais on retrouve des traits de personnalité propres aux agresseurs et aux victimes ainsi que des déficits neuropsychologiques. Ces derniers peuvent être innés ou acquis. Parmi les traits non innés, on remarque que les mobbeurs sont plus susceptibles de vivre dans un environnement familial inadéquat voire démissionnaire. Mobber un autre élève peut constituer alors une manière pour l'enfant de se faire remarquer et d'exister aux yeux de ses parents, tout en contrant le désinvestissement parental. En outre, l'enfant qui ne se sent pas suffisamment aimé peut utiliser l'agressivité pour «contrer» son sentiment d'infériorité et se sentir plus «puissant».

Quant aux mobbés, ils sont fréquemment en décalage du point de vue de la maturation avec leur camarade. Ils deviennent alors des victimes passives dans le sens où ils ne comprennent pas pourquoi ils sont les bouc-émissaires des autres élèves. Dans un premier temps, ils vont se rebeller contre les actions de dénigrement. Puis, en voyant que la situation n'évolue pas positivement mais, au contraire, s'empire, ils vont se résigner. Nous retrouvons également des victimes provocatrices qui, par leur comportement inconscient, vont exaspérer leurs pairs et les pousser à les harceler. Ces enfants peuvent, par exemple, souffrir d'hyperactivité.

Au niveau des causes, les parents et les pairs (ndlr: les camarades de classe) jouent également un rôle prépondérant. L'agresseur peut, par exemple, être conforté dans ses agissements si ses camarades rigolent de ce qu'il fait (ce qui correspond de leur part à une forme d'approbation). D'autre part, un élève d'habitude peu violent peut se joindre à l'harceleur pour s'affirmer dans le groupe et y trouver sa place. Sans oublier qu'en agissant en bande, les écoliers se sentent moins responsables de leurs actes. L'effet de groupe induit, en effet, une certaine forme de dissolution de responsabilité.

Et ses conséquences?

Le schoolbullying se répercutent sur trois niveaux : la victime, le harceleur et l'établissement de formation. Cette forme de harcèlement induit un stress scolaire auprès du bouc-émissaire, qui peut se traduire par des absences répétées à l'école. Cela implique une baisse des résultats scolaires. La victime peut aussi être amenée à changer de lieu de formation, ce qui n'est pas sans conséquence sur son parcours scolaire puisqu'elle devra apprivoiser un nouvel environnement scolaire et recréer son réseau social. Parfois, le bouc émissaire renonce à une voie de formation afin de ne pas se retrouver l'année suivante avec ses agresseurs. Ce changement d'orientation peut impliquer un nouveau choix de carrière. L'enfant est alors doublement puni puisqu'il est victime, à la fois, de schoolbullying, mais doit aussi faire l'impasse sur la profession qu'il désirait pratiquer. Différentes études ont, en outre, démontré que les victimes souffrent plus fréquemment de dépression que les autres enfants. Une fois adultes, elles seront aussi plus susceptibles de tomber dans un état dépressif. Ce dernier peut induire des idées suicidaires voire, dans les cas extrêmes, un passage à l'acte. Aux USA et en Grande-Bretagne, on a eu des cas où des élèves de moins de 12 ans se sont donnés la mort. Sans oublier les décès par accident lorsqu'une victime tente d'échapper à ses agresseurs et se fait renverser par une voiture, par exemple. Les victimes possèdent, également, une estime d'elles-mêmes plus faible. Dans les cas extrême, on observe même une phobie sociale voire des symptômes de stress post-traumatique.

Quant à l'agresseur, il présente aussi un risque plus élevé d'état dépressif. La consommation d'alcool et de drogues s'avère aussi plus haute auprès de ce genre de personnes.

A noter que toutes ces faiblesses psychologiques soulèvent un problème de causalité. Est-ce parce que mon enfant est victime de harcèlement scolaire qu'il souffre de dépression ou bien est-ce que parce que mon enfant est dépressif qu'il est agressé par ses camarades de classe? Le lien n'est pas toujours clair. Idem pour le harceleur: est-ce de par son statut d'agresseur qu'il est plus susceptible de souffrir de dépression ou de consommer des substances illicites, ou est-ce les raisons qui le poussent au harcèlement qui causent également les conséquences que l'on connaît?

Le schoolbullying se répercutent enfin sur l'école, en engendrant un mauvais climat scolaire au sein de classe, qui peut se propager à l'ensemble de l'établissement de formation. En outre, cette forme d'harcèlement peut créer un sentiment de peur auprès des autres élèves. Craignant d'en être victime, les écoliers vont éviter le problème en ne se rendant pas en cours. L'absentéisme scolaire en sera augmenté.

Existe-t-il un profil type de harcelés et de harceleurs?

Les agresseurs sont des êtres très intelligents qui savent toucher là où ça va faire mal sans susciter l'attention de l'enseignant. Ils sont souvent drôles et charismatiques mais leur cote de popularité n'excède jamais la moyenne. Les harceleurs se caractérisent aussi par une absence d'empathie et ne se sentent pas responsable de leur acte, ni coupable. De nature impulsive et colérique, ils fonctionnent sur le mode de la violence. L'agressivité constitue, pour eux, une forme de réponse aux problèmes rencontrés. Ces enfants vivent plus souvent dans un environnement familial violent. Ayant intériorisé la violence comme mode de fonctionnement dès l'enfance, ces personnes sont plus susceptibles de tomber dans la délinquance et la criminalité, à l'âge adulte.

Quant aux victimes passives, elles se montrent anxieuses Timides, elles souffrent d'un manque de confiance en elles. Très sensibles, elles font preuve d'une émotivité plus grande que la moyenne et pleurent plus facilement. Les souffre douleur passifs ont tendance à éviter les conflits. Ils peinent à s'intégrer dans le groupe. Ce sont souvent des élèves qui se retrouvent seuls, dans leur coin, à la récréation. Ce type de bouc émissaires ont souvent honte d'eux-mêmes et de la situation alors qu'ils n'on rien à se reprocher. Il ne faut, en aucun cas, qu'ils restent seuls face à cette situation. Ils doivent pouvoir verbaliser la peur qu'ils ressentent à un membre de la famille, un enseignant, une infirmière scolaire ou tout autre adulte de confiance.

Comment prévenir au mieux ce type de harcèlement dans les préaux?

Il convient d'agir, d'abord, en amont en effectuant un travail de sensibilisation auprès des parents, enfants et enseignants. Il faut que tous les acteurs qui gravitent autour de l'école (parents, enseignants, directeur d'établissement, infirmières scolaires, psychologues scolaires, concierges) collaborent ensemble et tirent à la même corde. Il convient, également, d'élaborer des règles et sanctions précises pour les auteurs d'harcèlement scolaire et de les mettre en pratique. L'agresseur doit savoir qu'il ne peut pas agir en toute impunité. Mais il faut bien lui faire comprendre qu'il est puni pour ses actes et non pour ce qu'il est.

Il est utile aussi d'impliquer les enfants au niveau de l'élaboration des règles afin qu'ils y adhèrent pleinement. Dans la classe, il convient d'établit un climat de confiance et chaleureux.

Concernant la victime, il est impératif de la protéger pour éviter les représailles des mobbeurs punis. Cela nécessite d'avoir un contrôle sur les activités qui se déroulent en classe mais aussi sur celles qui ont lieu à l'extérieur (récréations, sorties scolaires...).

Pensez-vous que l'école en face assez en la matière?

Quelques initiatives de sensibilisation ont déjà eu lieu mais cela dépend des établissements et du bon vouloir des enseignants. Sur le plan national, le projet intitulé «Jeunes et Violence» fournit de précieux conseils pour lutter contre cette forme de harcèlement. Mais, à mon avis, il faudrait former plus les futurs maîtres sur cette thématique afin qu'ils puissent mieux la repérer dans leur classe et la prévenir. À la décharge des enseignants, il est vrai que même quand on sait que le schoolbullying existe, il reste difficile de le repérer parmi ses élèves. D'où l'importance d'être conscient que ça existe, pour être plus attentif et savoir où porter son attention en cas de suspicion.

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