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La cyberdépendance

cyberdependance

Un problème virtuel aux impacts bien réels

Les nouveaux medias ont tellement envahi la vie de nos enfants que les sociologues l'appellent désormais la génération@. Impossible d'échapper au tout numérique, à moins d'aller vivre sur une île déserte avec sa famille. Si le web a permis une démocratisation totale du savoir, de par son accès illimité aux informations et au partage total de connaissances, la toile a aussi son revers. Et peut parfois rendre malade. Même si la cyberdépendance ne figure pas encore dans Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM V, elle peut être comparée à une véritable addiction, aux côtés de l'alcoolisme et de la toxicomanie. Corine Kibora, porte-parole d'Addiction Suisse, nous en dit plus sur ce nouveau mal virtuel aux répercussions bien réelles sur la vie quotidienne.

Quels sont les symptômes de la cyberdépendance chez les jeunes?
Le problème se manifeste par un usage compulsif des nouveaux médias, qui se traduit par une perte de contrôle. Concrètement, on constate une réduction du temps consacré à d'autres activités dans la vie réelle. À cela s'ajoute une baisse des performances scolaires. Mais attention, à l'adolescence, tout change très vite, il peut y avoir un surinvestissement qui ensuite s'atténue de lui-même.

Quand est-ce que les parents doivent commencer à s'inquiéter?
Un manque d'appétit, une négligence de l'hygiène corporelle, une fatigue physique liée au manque de sommeil ainsi qu'une certaine forme d'agressivité si l'on coupe l'accès à internet devraient alerter les parents. En règle générale, ces derniers remarquent assez vite que quelque chose cloche, au niveau du comportement de leur enfant. Il convient, dès lors, d'en parler avec lui et de se tourner, sans attendre, vers des spécialistes de la question.

Existe-t-il un profil type de personnes à risque?
Ce problème touche toutes les classes sociales, tant les familles modestes que plus aisées. Par contre, il existe des constantes qui se retrouvent dans la quasi-totalité des situations. Ainsi, la plupart des adolescents cyberdépendants présentent des difficultés scolaires et souffrent de problèmes familiaux. À cela s'ajoute, souvent, d'autres troubles psychologiques sous-jacents comme la dépression ou l'anxiété. Le monde virtuel apparaît alors comme un échappatoire face aux difficultés rencontrées dans la vie réelle.

Quels maux physiques une telle pathologie entraîne-t-elle?
Un mal de dos ou de nuque lié à une mauvaise posture et de la sécheresse oculaire sont fréquemment associés à cette dépendance. On a aussi constaté des problèmes de surpoids et de maux de tête. Il va sans dire que l'usage excessif des écrans entraîne des problèmes de vue et peut perturber le développement psychomoteur de l'enfant. En outre, l'apprentissage social peut s'en trouver altéré. Apprendre à communiquer, à gérer son stress et ses émotions ne peuvent pas s'effectuer sur internet. La plupart des expériences de vie s'acquièrent dans le monde réel.

Comment s'en sortir?
À l'heure actuelle, le virtuel est partout. Inutile donc de couper simplement sa connexion internet à la maison en pensant qu'ainsi, son enfant va s'en sortir. Il convient mieux d'éduquer son bambin au web et de lui fournir des règles claires en matière d'utilisation. Et s'il les enfreint, il ne faut pas hésiter à sévir. En matière d'usage de la toile, il faut aussi garder en mémoire que l'enfant a tendance à reproduire les comportements des adultes, à nous donc aussi de montrer le bon exemple. En outre, il est utile de faire appel aux services spécialisés en addictions à destination des adolescents qui possèdent, en leur sein, des professionnels pour traiter ce genre de problème. À cet effet, les psychothérapies de type cognitivo-comportemental, notamment, marchent très bien.


Un pourcent des Suisses dépendants

Sur sol helvétique, près de 70'000 personnes sont dépendantes au net, selon une étude réalisée par Addiction Suisse. Et quelque 110'000 individus risquent de le devenir. Les gens accros à la toile passent, en moyenne, 35 heures devant leur écran en dehors de leur activité professionnelle. Les jeux en ligne multijoueurs avec un monde persistant, les forums de discussion et les sites à caractère pornographiques favorisent l'apparition d'une addiction. À noter que les jeunes sont plus vulnérables que les adultes en raison de la maturation de leur cerveau qui n'est pas encore parvenue à son terme. En effet, la zone cérébrale liée à la régulation des comportements et des émotions n'a pas encore atteint son plein développement. Par conséquent, les adolescents parviennent moins bien à contrôler leurs impulsions. D'où la nécessité d'un encadrement de leurs activités en ligne par un adulte.


Quelques règles en fonction de l'âge

La Belgique a lancé, récemment, une campagne de prévention en matière d'usage du web destiné aux parents. Intitulé «3-6-9-12 : maîtrisons les écrans», le programme de sensibilisation, élaboré par le psychiatre Serge Tisseron, indique ce qu'il est permis de faire et de ne pas faire en fonction de l'âge du bambin. Avant 3 ans, il est ainsi fortement déconseillé de mettre son petit devant la télé. Quant aux tablettes tactiles, elles peuvent être utilisées à condition de poursuivre un but pédagogique. Entre 3 et 6 ans, il est recommandé de ne pas mettre des consoles dans les mains des têtes blondes. Quant à internet, l'enfant peut s'en servir, seul, dès 9 ans. Il convient alors d'établir des règles claires quant à son usage: temps hebdomadaire maximum autorisé, jeux en ligne permis, sites interdits... Et d'avoir un oeil sur les pratiques du web de son enfant. Il est aussi fortement conseillé de parler ensemble des contenus visionnés et d'échanger. Quant aux réseaux sociaux, il est recommandé de ne pas s'en servir avant 12 ans. Idem pour les smartphones.

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