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Surpoids chez l'enfant

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Mieux vaut prévenir que guérir

En Suisse, 17% des enfants sont en surpoids ou obèses. Un phénomène de taille au sens propre comme au figuré, surtout si l'on garde en mémoire qu'une surcharge pondérale entraîne des conséquences délétères sur la santé. Problèmes cardio-vasculaires, diabète de type II, troubles mentaux, baisse des performances scolaires, mauvaise estime de soi et mortalité prématurée figurent en tête d'affiche des maux liés à un poids trop élevé. Pour éviter tous ces effets négatifs, Patrick Leconte, nutritionniste à Genève, et la doctoresse Jardena Puder, spécialiste de l'obésité infantile, préconisent une alimentation saine et équilibrée ainsi que des repas pris à heures régulières couplés à de l'activité physique. Sans oublier une bonne gestion du stress et un sommeil réparateur.

Cernez les enjeux

Si la prise de poids est liée à une trop grande quantité d'aliments ingérés, pas question pour autant de mettre son enfant au régime. «Cela peut avoir des conséquences désastreuses au niveau de son développement et de l'équilibre du poids à long terme. Je n'interdis jamais certains aliments à mes patients. Ils ont toujours des jokers en poche. Si une soirée pizzas est organisée, ils peuvent s'y rendre sans culpabiliser. Seulement, avec leur pleine adhésion, j'analyse où le bât blesse et leur propose un programme de prise en charge personnalisé. En règle générale, cette manière de faire marche très bien avec les enfants car ils voient vite que leur surcharge pondérale les gêne au quotidien. Ils ont, par exemple, du mal à courir et à monter des marches d'escaliers», explique Patrick Leconte. «Face à un mineur en surpoids, une anamnèse, qui prend en considération l'histoire personnelle de l'enfant, doit être établie, afin de détecter où le problème alimentaire se situe. Ensuite, il est très utile d'établir un plan d'alimentation en fonction de l'âge, de la taille et du mode de vie du jeune. S'il est parfois utile de diminuer l'apport en graisse, il convient d'augmenter celui en vitamines. En règle générale, il n'est pas pertinent de faire l'impasse sur les féculents», renchérit Jardena Puder. À ne pas oublier non plus que des spécialistes existent. Le pédiatre ou l'infirmière scolaire sont les personnes de premier recours. Il peut également orienter les parents vers des unités de soins spécifiques. Par le biais de son Département médico-chirurgical de pédiatrie, l'Hôpital de l'Enfance du CHUV, à Lausanne, assure, par exemple, la prise en charge de telles pathologies.

Respectez la chronobiologie

L'alimentation doit être équilibrée et bien répartie sur la journée. Idéalement, les repas se prennent à heures régulières. «Adopter un horaire alimentaire régulier permet d'éviter les fringales et les grignotages au cours de la journée», souligne Patrick Leconte. Le repas du soir, quant à lui, ne doit pas être trop lourd. Il convient aussi d'adapter l'apport calorique en fonction de la dépense énergétique. Si l'enfant a passé son après-midi devant son ordinateur, inutile de lui faire ingérer une trop grande quantité de nourriture avant d'aller se coucher. Les diéteticiennes donnent des répaires de quantité par rapport à la taille de l'enfant. Il faut néanmoins que l'enfant regagne le sentiment de satieté pour pouvoir aussi sentir la quantité nécessaire.

Autre règle basique mais fondamentale, prendre le temps de manger à table dans le calme, ce qui implique d'éteindre la télé. «Il faut bannir la prise passive d'aliments qui se réalise devant les écrans car trop accaparé par les images, le cerveau ne ressent plus l'état de satiété, ce qui a pour conséquence une augmentation de la prise de poids», souligne la doctoresse. En outre, les repas pris en commun sont autant de précieux moments passés avec sa tête blonde. L'occasion idéale de souder les liens familiaux tout en permettant à votre bambin de vous faire part de ses soucis et tracas du quotidien. Ne forcez jamais votre tête blonde à finir son assiette. Un enfant sent lorsqu'il a suffisamment mangé. Incitez-le plutôt à goûter de tout.

Privilégiez les produits frais et l'eau

Niveau aliments, les professionnels conseillent d'évitez les plats pré-préparés riches en graisses, sucres et sel. «Les bonbons et autres sucreries doivent rester l'exception, informe Patrick Leconte. Misez sur la variété et les produits frais».
Côté boisson, il faut privilégier l'eau. «Les colas, qui de toute manière n'étanchent pas la soir, sont à proscrire», indique le nutritionniste. Les parents qui souhaitent une alternative à l'eau peuvent opter pour une tisane aux fruits ou aux plantes non sucrée ou un jus de fruit dilué.

Dormez et bougez

À côté du volet alimentaire, veillez au sommeil de votre tête blonde. Le manque de repos favorise, en effet, la prise de poids. Il est également recommandé d'encourager son bambin à pratiquer une activité physique. Surtout si l'on garde en mémoire que l'obésité de nos enfants résulte en grande partie d'un mode de vie sédentaire. «Un petit de deux ans a besoin de bouger au moins trois heures par jour», précise le nutritionniste. Pour les enfants plus âgés et les adolescents, une heure de mouvement quotidien sont recommandés. Par ailleurs, le sport a des répercussions positives sur l'ensemble de la population, y compris les adultes. Les organismes de prévention préconisent 30 minutes d'effort six fois par semaine. Pourquoi, dès lors, ne pas allier l'utile à l'agréable en pratiquant une activité physique avec votre enfant? En la matière, tout est bon à prendre: balade en forêt, promenade en vélo, après-midi de patinage... Plusieurs ligues et clubs sportifs romands ont également mis sur pied des programmes d'activité physique destinés aux enfants en surpoids.

Visez le plaisir

«En ce qui concerne les exercices et mouvement, les parents jouent un rôle prépondérant car c'est sur eux que le comportement du tout petit va se calquer. C'est aussi à ce moment que les bonnes habitudes s'acquièrent. Aux parents de montrer l'exemple en expliquant à l'enfant que, non, on ne prend pas la voiture pour aller acheter du pain en bas de la rue», explique Patrick Leconte. Et d'ajouter qu'il faut privilégier une activité physique qui vise le plaisir avant tout. «Il convient d'écouter les désirs de son enfant. Préfère-t-il une activité solitaire ou en groupe? Aime-t-il plus les sports d'endurance ou de vitesse? Il ne faut pas hésiter à lui poser ce genre de questions».

Un dernier conseil à faire passer aux parents? «Ne pas oublier que l'enfant en surpoids est en souffrance. En plus des limitations physiques qu'une surcharge pondérale induit, le bambin est souvent victime des quolibets de ses camarades. Il convient donc de ne pas encore plus le stigmatiser en pointant du doigt ses conduites mais, au contraire, de valoriser ses progrès et de le soutenir dans ses efforts», conclut Patrick Leconte.


Vers une épidémie mondiale

Un récent rapport de Promotion Santé Suisse indique que 17% des enfants et adolescents suisses sont en surpoids ou obèses. Parmi eux, 4% présentent une obésité morbide. Si cette problématique touche tous les niveaux de la scolarité obligatoire, elle a tendance à s'accroître au début de l'adolescence. Ainsi plus de 10% des élèves du premier cycle présentent une surcharge pondérale. Ce chiffre passe à 18% au second cycle et plafonne à 21% au niveau secondaire.

25% des bambins étrangers sont concernés par ce phénomène contre 15% des petits Suisses. À noter que les enfants uniques et issus d'une famille monoparentale sont plus exposés à ce problème. L'obésité touche plus les grandes villes et les cantons urbains que les campagnes. Ce fléau est aussi plus fréquent chez les enfants dont les parents bénéficient d'un faible niveau de formation et sont issus d'un milieu défavorisé. Ainsi les têtes blondes qui ont un père ou une mère au bénéfice d'un titre universitaire ont entre deux à quatre fois moins de chance de se trouver en surpoids. Et sans surprise, les enfants dont les ascendants présentent une surcharge pondérale sont plus susceptibles de souffrir de ce problème. Ainsi, les bambins en surpoids, âgés de 10 ans, ayant au moins un parent obèse présentent un risque de 80 % de devenir obèses, à l'âge adulte, contre 10 % si les deux parents sont de corpulence moyenne. «Une surcharge pondérale peut également résulter d'une macrosomie (poids trop grand à la naissance), d'un retard de croissance intra-utérin avec une reprise pondérale trop importante ou d'un événement traumatique vécu par l'enfant. Différentes études ont, en effet, montré que la mort d'un parent, un divorce ou encore un déménagement mal vécus peuvent engendrer une prise de poids infantile», explique la doctoresse Jardena Puder, spécialiste de l'obésité infantile.

Au niveau des sexes, peu de différences entre filles et garçons sont constatées. À noter que les chiffres suisses de l'obésité infantile n'ont ni augmenté ni baissé depuis 2006, date du premier rapport établi sur le sujet. «Le niveau reste, cependant, élevé», précise la doctoresse. Quant au coût du surpoids, il se chiffre à près de 3 milliards de francs chaque année.

Sur le plan planétaire près d'un quart des enfants présentent des problèmes de surpoids, au point que l'Organisation Mondiale de la Santé parle de véritable épidémie.


Dis moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es

Si le facteur génétique et épigénétique joue un rôle au niveau de la prise de poids, l'environnement dans lequel nous évoluons a une grande incidence. «On a constaté qu'au Mexique, les personnes avaient tendance à prendre du poids car les individus au ventre rond étaient mieux considérées que les maigres», souligne le nutritionniste, Patrick Leconte. Le rapport au corps et à sa perception - tous deux fruits d'une construction culturelle - est donc prépondérant. Notre manière de manger et notre mode de vie influencent aussi grandement notre poids. Ce facteur a son importance lorsqu'on sait que les habitudes alimentaires se prennent dès l'enfance. «Ainsi un enfant de parents obèses auront entre deux à quatre fois plus de chance de l'être aussi car il aura acquis de mauvais réflexes en matière d'alimentation», précise le spécialiste de l'alimentation.

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